Par Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé
Activiste, Penseur et Notable de Madimba
J’ai découvert l’existence du pont de Mobaye grâce à un ami avocat, anciennement en fonction à la Magistrate Court de Johannesburg et aujourd’hui en service en République démocratique du Congo. Après une mission qu’il avait effectuée dans le Grand Équateur, il publia sur son profil plusieurs photographies des vestiges de cette infrastructure inachevée.
En observant ces images, je me suis posé une question simple : comment un projet aussi stratégique a-t-il pu être abandonné pendant près de quarante ans dans l’indifférence générale ?
Contrairement à ce que beaucoup pensent, le pont de Mobaye n’est pas à l’origine un projet centrafricain. Il s’agit d’une initiative conçue et portée par le Maréchal Mobutu Sese Seko. En 1986, un accord fut signé avec le Président centrafricain André Kolingba pour la réalisation d’un ambitieux pont-barrage sur l’Oubangui.

La vision était claire : produire de l’électricité, relier les deux rives du fleuve, rapprocher les populations, favoriser le commerce et désenclaver une région stratégique de l’Afrique centrale.
Le Zaïre réalisa sa part du projet. Le barrage hydroélectrique de Mobaye-Mbongo fut construit et fonctionne encore aujourd’hui. En revanche, la partie routière du pont ne fut jamais achevée. Les vestiges visibles aujourd’hui sont donc les témoins d’une vision congolaise interrompue et non d’un projet étranger abandonné.
L’histoire de ce dossier traverse plusieurs régimes. Mobutu en fut l’initiateur. Laurent-Désiré Kabila hérita d’un pays plongé dans la guerre et ne put relancer le projet. Sous alias Joseph Kabila, plusieurs programmes régionaux d’intégration furent engagés mais le pont de Mobaye resta au stade des intentions. Aujourd’hui, sous le président Félix Tshisekedi et le gouvernement de Judith Suminwa, avec l’appui des institutions régionales et des partenaires internationaux, une nouvelle opportunité se présente.
Mais les Congolais ne veulent plus d’annonces. Ils veulent des réalisations.
Nous ne voulons pas que le pont de Mobaye devienne un nouveau chapelet de bonnes intentions. Nous voulons voir les études aboutir, les financements mobilisés et les travaux commencer.
Cette exigence est d’autant plus légitime que notre pays est aujourd’hui confronté à des choix stratégiques importants en matière d’infrastructures.
La récente volonté de rouvrir le dossier du pont route-rail Kinshasa-Brazzaville n’a pas laissé indifférents de nombreux ressortissants du Kongo-Central. Beaucoup estiment que la priorité doit d’abord être accordée à la mise en service complète du port en eau profonde de Banana, infrastructure essentielle pour l’avenir économique de la République démocratique du Congo.
Avant d’ouvrir davantage nos corridors commerciaux vers les infrastructures portuaires des pays voisins, nous devons d’abord renforcer les nôtres.
C’est pourquoi il apparaît logique de défendre une hiérarchie claire des priorités : achever le port de Banana, relancer les infrastructures de désenclavement comme le pont de Mobaye, puis examiner le dossier du pont Kinshasa-Brazzaville.
Le pont de Mobaye présente un avantage évident : il contribuerait directement au désenclavement du Grand Équateur, faciliterait les échanges avec la République centrafricaine, renforcerait l’intégration régionale et offrirait de nouvelles perspectives économiques à une région longtemps marginalisée.
À cet égard, nous encourageons le ministre des Infrastructures et Travaux Publics, John Banza, à faire de ce dossier une priorité nationale. La Première Conférence Nationale sur les Infrastructures organisée par son ministère a démontré la volonté de réfléchir aux projets structurants dont notre pays a besoin. Le pont de Mobaye doit figurer parmi ces priorités.
Près de quarante ans après sa conception, le temps n’est plus aux discours.
Le temps n’est plus aux promesses.
Le temps est venu de terminer ce que notre pays avait lui-même commencé.
Les piliers abandonnés dans les eaux de l’Oubangui ne doivent plus symboliser l’échec ou l’oubli. Ils doivent devenir les fondations d’une renaissance économique, d’une intégration régionale réussie et d’une nouvelle ambition nationale.
Le peuple congolais attend des actes. L’histoire, elle, attend des bâtisseurs.